« Injustice, la voix citoyenne » : informer ou alimenter l’indignation?

Catégorie : MÉDIAS SOCIAUX

Certaines pages Facebook se présentent comme des espaces de défense des citoyens et de dénonciation des injustices.

Parmi elles,

Ce qui m'interpelle surtout, ce n'est pas qu'une page puisse avoir une orientation politique — chacun est libre d'avoir ses opinions — mais plutôt la façon dont certaines publications semblent systématiquement chercher à provoquer l'indignation, le mépris ou la confrontation.

À force de publier des contenus qui suscitent colère et réactions, on finit par créer une véritable mécanique d'engagement : une publication choque, les gens réagissent, les commentaires s'accumulent, les partages suivent et l'algorithme contribue ensuite à donner encore plus de visibilité au contenu.

Et c'est là que la question devient intéressante : qui profite réellement de cette mécanique?

Beaucoup d'utilisateurs commentent, partagent et s'indignent sans nécessairement se demander pourquoi certains contenus leur sont constamment proposés. Sur les réseaux sociaux, l'attention est devenue une véritable monnaie. Plus une publication provoque de réactions, plus elle peut être favorisée par les mécanismes de visibilité de la plateforme et, selon le modèle de la page et les programmes auxquels elle participe, potentiellement générer des revenus.

Il faut donc se méfier de l'idée selon laquelle nous sommes simplement des spectateurs.

Parfois, nous sommes aussi le produit.

C'est un peu comme un pêcheur qui lance son hameçon : il n'a pas besoin de forcer le poisson à mordre. Il lui suffit de présenter un appât suffisamment attirant. Sur les réseaux sociaux, l'appât peut être une publication choquante, une accusation, une humiliation ou une controverse.

Et les commentaires deviennent alors les prises.

Le plus ironique est peut-être que certaines pages qui prétendent dénoncer les injustices semblent surtout consacrer énormément d'énergie à dénoncer des personnes, plutôt qu'à examiner en profondeur les injustices vécues par les citoyens.

La vraie question devrait donc être beaucoup plus simple :

Est-ce qu'on cherche réellement à comprendre les injustices, ou cherche-t-on simplement à provoquer suffisamment d'indignation pour maintenir les gens devant leur écran?

Il ne faut pas accepter aveuglément ce que nous présente un algorithme, peu importe la couleur politique de la page.

Une bonne dénonciation devrait présenter les faits, permettre la contradiction, donner un contexte et laisser le citoyen se faire sa propre opinion.

Sinon, ce n'est plus vraiment de l'information.

C'est de l'engagement fabriqué.