
Au lendemain de son assermentation, Ruba Ghazal a expliqué avoir brandi le keffieh palestinien de Manon Massé
« dans un moment de pure émotion ». Fille de réfugiés palestiniens, elle a présenté ce geste comme « un message d’amour au Québec », une terre qu’elle décrit comme accueillante, inclusive et solidaire.
Elle a également exprimé des regrets concernant le foulard qui a suscité des réactions.
Mais au-delà des explications de la députée de Québec solidaire, une question mérite d’être examinée : ce geste était-il réellement spontané, ou s’inscrivait-il dans une démarche déjà préparée ?
Une photo qui change la perspective
Une photographie prise au Salon rouge de l’Assemblée nationale, le jour même, attire l’attention. Elle est accompagnée de la légende anglaise : « The Rosemont crew repping la Palestine à l’Assnat ».
Sur cette image, quatre personnes portent le keffieh palestinien, tandis qu’une autre arbore un bandeau. Cette scène soulève des interrogations légitimes sur le contexte dans lequel ces symboles ont été affichés et sur le caractère improvisé ou non de cette démonstration.
Une photographie permet t'elle de prouver qu’un geste précis a été planifié à l’avance ? Néanmoins elle constitue un élément pertinent qui mérite d’être présenté au public pour lui permettre de se faire sa propre opinion.
Des médias qui rapportent les explications, mais montrent-ils toute l’histoire ?
Radio-Canada, TVA et La Presse ont consacré des articles à cet épisode et aux explications de Ruba Ghazal. Toutefois, dans la couverture que nous examinons ici, la photographie du Salon rouge et les questions qu’elle soulève ne semblent pas occuper la place qu’elles mériteraient.
Si cette image était disponible au moment de la publication, pourquoi ne pas l’avoir intégrée aux reportages afin de donner aux lecteurs un portrait plus complet de la situation ?
Est-ce que les médias tentent de cacher une information ? Pourtant lorsqu’un événement suscite la controverse, le rôle du journalisme consiste aussi à présenter les éléments de contexte pertinents, y compris ceux qui peuvent compliquer le récit initial.
Rapporter les explications d’une personnalité politique est une chose. Examiner ces explications à la lumière des autres éléments disponibles en est une autre.
Sur X, la méfiance s’exprime
Sur X, la plupart des commentaires expriment leur scepticisme. Les internautes estiment que les événements donnent l’impression d’avoir été organisés à l’avance et reprochent aux acteurs concernés de prendre le public pour des naïfs.
Cette réaction témoignent d'une méfiance envers les explications présentées et envers la façon dont certains événements politiques sont relayés dans les médias.
Cette méfiance mérite d’être prise au sérieux, sans pour autant confondre les soupçons exprimés sur les réseaux sociaux avec des faits démontrés.
À quoi servent les médias si le contexte essentiel manque ?
C’est là que se trouve la véritable question.
Les médias ont-ils pour seule mission de rapporter les déclarations des élus, ou doivent-ils également mettre ces déclarations en perspective avec les images, les faits et les circonstances entourant les événements ?
Lorsqu’une photo susceptible d’éclairer le débat n’est pas présentée, le public perd un élément qui pourrait l’aider à comprendre la situation. Une couverture incomplète peut donner une impression de récit à sens unique.
Dans une démocratie, les citoyens ne devraient pas avoir à parcourir les réseaux sociaux pour découvrir des éléments de contexte importants qui auraient pu accompagner les reportages dès le départ.
Et lorsqu’une photo soulève des questions auxquelles les reportages ne répondent pas, il est légitime de demander aux médias : pourquoi cet élément n’a-t-il pas été présenté, et le public a-t-il reçu un portrait suffisamment complet des événements ?
C’est précisément ce genre de question que le journalisme devrait aider à éclaircir.
